La vie de nomade est quelque chose qui m'attirait depuis plusieurs années déjà. Je fréquentais des personnes qui vivaient dans leurs camions mais pas réellement sur les routes de facon nomade. Pour ma part c'est ca qui m'intéressait bien plus que le fait de vivre dans un camion - ce qui est déjà très fort au niveau de la remise en cause de notions telles que le confort moderne par exemple. Je voulais voyager sans attaches, être en vacances perpétuelles, vivre sur les routes au fil des rencontres, des découvertes, des pannes, ...
Je suis devenu nomade par choix, mais cela ne s'est pas fait du jour au lendemain. Je ne me suis pas réveillé un matin en ayant l'envie de rejeter cette vie sédentaire comme ca, simplement pour voir. J'aimais voyager avec mon fourgon aménagé, aller en teuf et dans les rencontres politiques diverses. Petit à petit je partais plus souvent, plus longtemps et plus loin. La vie sociale des "gens biens" telle qu'on nous la présente : existence et plaisir par la consommation, épanouissement par le travail, bonheur dans l'amas de richesses... ne m'apparaissait plus depuis longtemps comme un model fiable. Et puis un jour j'ai appris que de manière assez rapide j'allais ne plus avoir de logement et je n'ai, en fin de compte, rien fait pour en trouver un autre. Voilà simplement comment je me suis retrouvé à vivre sur les routes dans mon fourgon aménagé.
J'ai rejeté cette société et sa logique sédentaire, mais c'est peut être bien aussi cette même société qui a fini par me repousser jusqu'à me faire disparaître. Car je n'ai plus d'adresse depuis quelques mois maintenant et c'est en la perdant qu'on se rend compte de l'importance que cette localisation géographique officielle de l'individu représente. J'ai des difficultés pour faire des démarches administratives simples, obtenir des papiers officiels, répondre à cette simple question : " d'où tu viens ? " ... Mais je refuse catégoriquement de rentrer dans la logique policière qui impose aux " gens du voyage " de pointer chaque mois au commissariat de la ville où ils/elles se trouvent pour ne pas se voir recherché-e et être considéré comme coupable... de ne pas avoir d'adresse. Car une personne nomade non localisée devient, pour l'état francais, hors la loi !
Du même coup je suis devenu SDF, je n'ai pas de lieu d'habitation fixe. Mais je préfère les termes " nomades " ou " traveller " - qui ne sont pas connotés de facon trop péjorative. Non pas que je puisse avoir honte d'être assimilé aux SDF, ni même que je trouve ce terme péjoratif mais ce terme est devenu très négatif. Les SDF de l'imagerie caricaturale populaire ce sont les clochard-e-s alcooliques de nos villes, les paumé-e-s sales et qui font la manche. Pour ma part je suis un SDF volontaire et heureux de l'être. Je voyage, je ne paye pas de loyer (ni factures, impôts...), je migre en fonction des saisons : voilà pourquoi je préfère ces termes.
Sur les routes la vie prend un tout autre rythme, en fonction du jour, des saisons et du temps qu'il fait. Difficile de rester à veiller tard lorsqu'il fait nuit à 17:00 heures en hiver et sans télé (ce qui est un choix aussi). Difficile de passer une journée, voir plusieurs de suite enfermé sous la pluie sans pouvoir réellement sortir. La vie se fait presque dehors. Je me balade beaucoup plus avec mon chien qui adore ca. Je me suis mis à chercher des champignons et des plantes comestibles. Je me réveille chaque jour dans un endroit différent, sur la place d'un petit village, au c½ur de Londres, au milieu de la forêt à quelques mètres de l'océan et dans quelques semaines au Maroc.
Je ne passe pas ma vie à travailler à plein temps - ni même à mi-temps d'ailleurs - pour un patron, mais cela ne signifie pas que je ne fais rien de mes journées. Je ne passe pas mon temps chez moi à me gaver de télé en me prenant sans cesse dans la figure que je suis un raté coupable de ne pas travailler. Ma vie aujourd'hui s'organise autour de choses simples comme le fait de trouver de l'eau pour remplir mes réservoirs, de la nourriture si possible gratuite, des toilettes et pourquoi pas du courant. Et le soir lorsque je mange j'ai plaisir à boire cette eau et à me chauffer car je sais d'où cela vient.
Je redécouvre la vie, les rapports humains simples. J'ai plaisir à parler avec les retraité-e-s qui promènent leurs chiens en plein milieux de l'après midi et en pleine semaine. Je rencontre d'autres nomades avec lesquel-le-s j'ai plaisir à discuter et partager nos expériences respectives. Je tombe en panne et c'est un vrai plaisir de voir des personnes, souvent ces mêmes nomades, venir m'aider.
Depuis que je voyage ainsi je préfère éviter de sortir le week-end et j'évite de rouler aux heures de sortie de bureau. Je fuis le monde du travail et ses zombi-e-s agressifs/ves et pressé-e-s de rentrer se vautrer devant la télé.
Je suis à côté de la plaque il paraît, grand bien m'en fasse ! Car si cette plaque est celle dont je côtoie les dérives je suis bien content de ne pas en être. En effet il suffit de rester dormir sur les parking en dehors des villes pour voir arriver toute une armée de mecs malsains en recherche de prostitué-e-s et tourner autour de mon camion telle des mouches. Ces mêmes personnes qui vont me juger de haut en me croisant dans les rues parce que j'ai une coupe de cheveux différente ou que je ne suis pas propre et à la dernière mode comme eux.
J'ai l'impression d'avoir quitté un monde d'hypocrisie pour le vrai monde. Un monde ou chaque instant est brut et véritable. Un monde ou les bons moments sont les meilleurs que j'ai connu et les mauvais assez rares et souvent avec une solution inattendue et parfois même agréable. Les personnes que je rencontre maintenant sont vraies, sans faux semblant et sans effets. Je vois les personnes telles qu'elles sont réellement : méchantes et excluantes sous des airs de ne pas y toucher mais aussi vraiment sympa et chaleureuses.
Le monde normal ne m'aura pas, c'est dans ce monde vrai que je veux vivre dorénavant !
Juste pour le plaisir a partager ce texte et peut etre en faire reflechir quelques uns........